La question de la dépendance à internet est apparue au milieu des années 90, aux Etats Unis sous le clavier d’Ivan Goldberg, un psychiatre new yorkais. Celui-ci avait observé parmi ses patients qu’un grand nombre d’entre eux se plaignait du temps et de l’énergie passés devant l’écran à surfer, et cela au détriment de toute autre activité familiale, sociale etc…Il annonça alors qu’une nouvelle forme d’addiction était née : l’addiction à internet (IAD : internet addiction disorder).
Cette nouvelle fit grand bruit dans le microcosme psys américain et de nombreux autres psychiatres ajoutèrent de la RAM à son ordi, pardon, de l’eau à son moulin. Entre temps Goldberg mit au point un questionnaire à faire passer à ses patients, sur la base de ceux qui sont proposés aux patients toxicomanes ou alcoolo-dépendants.
Et bien sûr, tout concordait * :
- le temps passé devant l’ordi augmente de façon exponentielle
- les contacts avec les gens IRL (in real life) diminuent
- l’entourage proche exprime des signes d’inquiétude et de souffrance
- le patient présente des troubles anxieux ou dépressifs
Une psychologue clinicienne, Kimberly Young, prit les propos de Goldberg très au sérieux et se lança dans une recherche auprès de 500 patients. Trouvant que le terme Internet Addiction Disorder était un peu laid, elle le requalifie en « Avid Internet Users » ( Utilisateurs avides d’internet ^^) et assure que l’on peut devenir dépendant au web. Ses travaux ont par ailleurs conduit à l’ouverture d’un service dans un hôpital du Massachusetts pour traiter de ces questions.
Cependant, elle n’avait pas compris l’humour de ce boute-en-train d’Ivan Goldberg. En effet, il ne croyait pas vraiment à son IAD, qui n’existait pas selon lui, et avait voulu singé le fameux DSM IV*, la bible de la psychiatrie.
Un certain John Suler, psychiatre, a quant à lui chercher à rééquilibrer le débat en rappelant qu’une recherche pour être valable doit avoir un recul d’un certain nombre d’années. Il rappelle également que pour élaborer une classification diagnostique, on doit retrouver des symptômes ainsi que des éléments étiologiques chez les patients, cela étudié de façon fiable et valide.
La blague d’Ivan lui a donc complètement échappé, un peu comme certains buzz sur le net, cf la nouvelle version de « désirdavenir ».
Le débat fait rage depuis plus de 10 ans, on trouve partout dans le monde des psys qui martèlent qu’il y a une addiction au net, aux jeux vidéo, et d’autres qui tiennent des positions plus souples et distanciées.
Pour ma part, je reste très intéressée par ces questions et préfère le terme « d’usage excessif » au terme fourre-tout d’addiction. Et je n’oublie jamais qu’au final, c’est la souffrance, ou non, du patient qui nous éclaire sur ses problèmes.

addict à l'ordi
* retrouvez ici le questionnaire original signé de la main de son auteur.
*DSM IV: Diagnostic and Statistical Manual – Revision 4) est un outil de classification qui représente le résultat actuel des efforts poursuivis depuis une trentaine d’années auxEtats Unis pour définir de plus en plus précisément les troubles mentaux.
7 commentaires
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bababaloo a dit :
1 décembre 2009 à 15 h 44 min (UTC 2)
Je pense sincèrement qu’on est tous +/- dépendant ou accro au Net…
Perso, suffit de me voir « en manque » vu que mon ordi est en réparation là (résultat je surfe pendant mes heures de travail
) ….
Mais bon ça ne fait de mal à personne, ce n’est pas au détriment de ma vie sociale et je pense que tout est là.
C’est un peu le meme discours avec les MMO, pourquoi diable les diabolise t’on ??? Car comme pour tout il y a des excess de certaines personnes. Tout simplement. A nous d’etre assez « adulte » ou bien entouré (j’entends éduqué par là pour les plus jeunes) dans notre utilisation Internet.
Lucie a dit :
2 décembre 2009 à 10 h 50 min (UTC 2)
Tout a fait d’accord avec toi, il ne faut pas tout confondre : passion, loisirs, addiction. Chaque utilisation est specifique et la diabolisation de telle ou telle pratique n’apporte rien au debat.
loyd342 a dit :
31 décembre 2009 à 4 h 14 min (UTC 2)
comme tu dis et c’est valable pour tout, c’est dans l’excès que les soucies arrivent, après il faut bien avoir un loisir, un passe temps un moyen d’évacuer les tracas de la journée
Kefoo a dit :
4 janvier 2010 à 11 h 50 min (UTC 2)
La grande question est de savoir ce qu’on met aussi derrière le terme dépendant ou « addict » il est effectivement balancé à toutes les sauces et ce terme a une signification tout autre lorsqu’il sort de la bouche d’un addictologue par rapport à une personne lambda.
Je trouve que même à Marmottan Marc Valleur a une position particulière en clamant haut et fort qu’il n’y a PAS d’addiction aux jeux vidéo (sous couvert d’une validation prochaine du DSM) tout en déléguant cette partie de l’activité de son équipe (E ROSSE) qui en voit la moitié de son temps. En tout cas la question ne se pose pas de son point de vue de clinicienne ou alors je suis passé à coté de quelque chose. 0_o
tiens Stora m’a souhaité la bonne année : la claaaaasssse
Lucie a dit :
4 janvier 2010 à 15 h 38 min (UTC 2)
C’est clair que l’addiction est le mot tarte à la crème de ces dernières années. Pour ce qui est du DSM…sa validation ne changera pas grand chose dans ma pratique, mais en terme d’argent pour les psys américains oui ^^.
pour Marmottan je te rejoins volontiers, sa position est teintée d’ambivalence.
enfin, pour Stora, effectivement, la claaaaasssse.
a plus
Egide a dit :
22 janvier 2010 à 22 h 52 min (UTC 2)
Je suis un lecteur compulsif depuis que je sais lire.
J’étais tout petit.
Je ne veux pas qu’on me guérisse !
J’écris tous les jours depuis que j’ai un ordinateur.
Et les ressources documentaires disponibles sur
Internet m’évite une perte de temps considérable
pour les consulter en format physique.
En fait, je suis totalement dépendant de mon
système informatique et je serai très diminué
si je ne pouvais pas me connecter sur le web.
Dépendant, c’est pas comme addict ?
Est-ce qu’on n’a jamais reproché à un artisan
d’avoir besoin de ses outils pour travailler ?
Lucie a dit :
22 janvier 2010 à 23 h 37 min (UTC 2)
Théoriquement, la dépendance est un stade de l’addiction. Mais ce n’est pas tellement ça qui compte, tu écris « Est-ce qu’on n’a jamais reproché à un artisan
d’avoir besoin de ses outils pour travailler ? », bien sûr que non. L’addiction se définit avant toute chose autour d’une souffrance très profonde. Nous sommes tous plus ou moins dépendant, l’être humain naît dépendant, il le reste toute sa vie. Je travaille depuis 10 ans avec des toxicomanes, la dépendance qui tue je connais. La dépendance qui permet d’être créatif et de vivre suffisamment bien, ne tue personne. Enfin c’est ce que je crois.