Les préliminaires : Il est beau, il est fort, il sent bon le sable chaud…mon Prince de Perse.
Le charme de ce personnage est indéniable, sans être charismatique, il a suffisamment d’humour et de courage pour être d’emblée sympathique. Lorsqu’il fait la rencontre d’Elika, il n’est pas particulièrement enclin à la suivre ni à l’aider dans sa tâche. Mais les atouts de la belle auront raison de ce macho.
Car oui, il est macho le Prince, voire « beauf » tant ses commentaires frisent le mauvais goût dans cette aventure. Ses répliques ne marqueront pas l’histoire du jeu vidéo, mais provoqueront parfois le rire chez le joueur.
Devant un moulin : Quand j’étais petit, je voulais être gardien de moulin
Elika : Aaah bon !!!???!!!
Non, je plaisante, ce doit être ennuyeux à mourir.
Malgré tout, le joueur suit le Prince quand il décide d’aider Elika dans sa quête purificatrice, et c’est donc ensemble que nous nous lançons dans l’aventure.
Il faut être deux.
Le scénario est très linéaire, on se bat contre des monstres, pas très forts au passage, on progresse dans des terres corrompues et on récolte des sphères de lumière. Celles-ci permettront à Elika de parfaire ses pouvoirs. Jusque là rien de très original. L’intérêt réside alors dans la collaboration étroite entre les deux personnages. Sans Elika, le Prince est perdu. Au propre comme au figuré d’ailleurs, elle l’aide à réaliser des combos puissants lors des combats, elle le revitalise et le guide lorsqu’il ne trouve plus son chemin. Elle lui sauve également la vie !
La particularité de ce jeu de plates-formes est qu’on ne meurt jamais, ou plus exactement qu’on ne peut pas mourir, ce qui est fort différent. Ainsi, tous les coups sont permis, tous les risques peuvent être pris, la main d’Elika nous ramène toujours à la vie. De manière générale, la progression dans ce type de jeu est sous forme d’essais/erreurs et donc de frustration car on répète souvent les mêmes mouvements. Ici, ce sentiment est très atténué je trouve car il n’y a pas ce petit stress avant de faire le grand saut…
Un jeu où on ne peut pas mourir est-il synonyme d’immortalité ? Paradoxalement, je dirais que dans le cas de ce Prince de Perse, non. Cet élément du gameplay est très vite intégré et on se contente alors de suivre cette idylle écologique. En effet, il s’agit avant tout d’une histoire d’amour, et il n’est plus alors question de Mort, mais de petite mort….Vous savez, ce moment d’étourdissement, de frisson provoqué par l’orgasme.
Je vous parlais de la purification, ce pouvoir dont dispose Elika et qui lui permet de purifier les terres fertiles de la corruption. Pour se faire, elle est traversée par un faisceau de lumière, puis elle se cambre, pousse un gémissement et tombe à genoux….no comment….
Tout cela sous le regard émerveillé du Prince. On peut voir ici une dimension œdipienne dans cet acte qui la met en porte à faux avec son père et qui aiguise l’appétit sexuel du Prince.
Post coïtum…
attention, ce passage contient des éléments sur la fin du jeu
Elika est traversée tout au long du jeu par des sentiments ambivalents, son père est à l’origine de ce chaos, mais en même temps, elle ne souhaite pas sa destruction, elle attendrait plutôt de sa part une rédemption. Lorsqu’Arhiman est définitivement enfermé à la fin du jeu, et que toutes les terres fertiles sont purifiées, Elika n’a plus de raison d’être. Sa mort est insupportable pour le Prince, qui décide alors de libérer de nouveau le Dieu des Ténèbres afin de la ramener à la vie. Eros et Thanatos sont toujours étroitement liés, comme les pulsions de vie et de mort décrites par Freud.
…on recommence bien sûr !
Non content d’avoir fait un jeu dans lequel la mort n’est plus un obstacle et les retry ne sont plus synonymes de jets furieux de manettes au sol, les développeurs ont poussé le vice en proposant un contenu téléchargeable pour prolonger le plaisir. Plus dur, plus orienté action, cet épilogue n’ajoute pas grand chose au scénario proprement dit, mais annonce une suite.
La métaphore sexuelle est à mon sens omniprésente dans ce titre. Les blagues salaces du Prince sont là pour le démontrer, mais ce sont surtout les thèmes de la renaissance, de la fertilité et de l’amour qui en sont les preuves les plus fortes.
Est-ce pour autant un titre jouissif ?
Personnellement, j’ai pris du plaisir sur ce jeu, mais sans plus je dirais, trop facile et répétitif à mon goût. Cependant, je dois avouer que la maniabilité du personnage, la beauté des environnements et le rendu tout en cell shading ( mode de travail de l’image qui donne un aspect cartoon, dessin animé) m’ont beaucoup plu.
Vous l’aurez compris, du moins je l’espère, il ne s’agit donc pas véritablement d’immortalité dans ce jeu, mais bien de « petite mort », d’amour en somme. Le Prince ne meurt jamais, non pas car il ne peut pas, mais car Elika le lui refuse. Elle le rend dépendant en quelque sorte, à tel point que sa mort à elle lui devient insupportable et qu’il est prêt à tout recommencer pour la garder près de lui. C’est ce qu’on nomme l’emprise.
Et vous ? Quel est votre vécu de joueur dans cette aventure ?
Avez vous trouvé que le fait d’être sauvé constamment par Elika apportait un plus à l’aventure ?



11 commentaires
1 ping
jisee a dit :
30 décembre 2009 à 16 h 19 min (UTC 2)
Toute cette érotisation donnerait presque envie de jouer au jeu
sinon ce que m’évoque la saga des princes de perses c’est que les épisodes depuis les sables du temps sont des revanches sur le 1er opus de 1989.
En effet dans la saga des sables du temps on peut contrôler le temps, elle est même notre allié et dans le nouveau épisode, la mort n’est plus un problème. Et même dans les sables du temps l’inévitable pouvait être évité en remontant le temps.
Or le prince of persia premier du nom, se caractérisait par le fait que le temps était notre ennemi : on avait une heure pour tout finir sinon on perdait (2h dans la version snes). De plus les nombreux pièges étaient radicales : on mourrait facilement. et pas de checkpoint :/
C’est intéressant je trouve que les nouveaux opus prennent l’envers de ce qui faisait la tension particulière du prince of persia original.
Lucie a dit :
30 décembre 2009 à 16 h 57 min (UTC 2)
Intéressant, je n’ai jamais joué au premier Prince of Persia, mais cette course contre la montre devait mettre le joueur dans un sacré état de nerf ! Les puristes reprochent sa simplicité aux nouvelles aventures, à voir si la version 2010 sera plus ardue…
jisee a dit :
30 décembre 2009 à 22 h 34 min (UTC 2)
j’ai joué à la version snes et je me souviens de sacrées tensions
sinon intéressant le lapsus sur le titre apparaissant sur les onglets et descriptions de pages de l’article : « prince of perissa ».
Marrant quand il s’agit de ne pas mourir
cf image http://img163.imageshack.us/img163/9899/screenshot002h.png
loyd342 a dit :
31 décembre 2009 à 4 h 01 min (UTC 2)
j’avais pas du tout vue les connotations sexuel, bon il y a bien les blagues vaseuses du prince mais au moment de la purification c’est vraie que maintenant que tu le dis..
Pour le fait de pas vraiment mourir ca m’a pas trop gêné, si il aurait fallu recommencer le niveau a la moindre chute comme a l’époque ou je jouais sur 8bits, heu la je crois que j’aurais lâché l’affaire
Kefoo a dit :
4 janvier 2010 à 12 h 00 min (UTC 2)
ah c’est intéressant ce que tu évoques Berlu, je ne pense pas avoir l’occasion d’y jouer dans les prochaines semaines car je bloque toujours sur Dead Space (encore un problème non résolu avec mon père lol) et je viens de me prendre Ninja Gaiden 2, qui sont déjà plus classiques. Il n’empêche qu’en période de disette vidéoludique, ça pourrait être intéressant effectivement d’aborder ce jeu avec ton analyse.
Yann Leroux a dit :
9 janvier 2010 à 12 h 30 min (UTC 2)
Salut Berlu, salut tout le monde
D’une façon générale, les jeux deviennent de plus en plus facile a jouer.
J’ai joué au premier PoP quand il ‘appelait encore Prince of Persia. C’était sur Amiga, c’était dans des grottes et des palais, et c’était super.
Ce qui m’étonne avec ce personnage, c’est qu’il va de moins en moins bien. Dans le premier numéro, il avait un habit très simple,un sarouel, une veste et un turban. On se disait qu’il trouverait de quoi s’habiller lorsqu’il aurait délivré sa princesse et que tout irait bien. Par la suite, s’il a de habits plus luxueux, il a quelques soucis du coté de l’image du corps : il devient sombre, et, sauf erreur de ma part, il a une partie de son corps qui n’est plus humaine. On est loin du modèle de Propp ou, après moult tribulation, le héros advient a une sexualité génitale sereine et féconde !
Je trouve que tu devrais prendre un angle psy Berlu
Lucie a dit :
9 janvier 2010 à 12 h 36 min (UTC 2)
Je vais y travailler
Lucie a dit :
9 janvier 2010 à 13 h 13 min (UTC 2)
En fait Yann, le Prince a une relation de dépendance à Elika, s’il met en place ce type de relation, que l’on peut qualifiée de perverse, il ne peut pas accéder à une sexualité génitale et sereine. Nous verrons dans le prochaine opus comment il évolue, mais je crois bien qu’il sera tout seul ^^
Yann Leroux a dit :
9 janvier 2010 à 15 h 34 min (UTC 2)
La relation de dépendance, cela me fait penser à Ico. Ce serait peut être intéressant de lister les jeux vidéo dans lesquels la relation de dépendance est figurée !
jisee a dit :
9 janvier 2010 à 18 h 27 min (UTC 2)
La plupart des rpg nippons figurent cette dépendance car on ne peut pas battre les boss sans son équipe.
Lucie a dit :
10 janvier 2010 à 16 h 04 min (UTC 2)
Je pense que dans le cas des RPG ce n’est pas tout à fait la même forme de dépendance, en tout cas ce n’est pas pathologique, il s’agit davantage de complémentarité, non ?
Bilan 2010, on est bien sur son canapé ? | Vu du divan a dit :
16 février 2011 à 16 h 16 min (UTC 2)
[...] Le jeu se parcourt assez rapidement, c’est simple et linéaire. Cependant j’ai pris un grand plaisir à voir évoluer mon personnage dans ces décors à la fois urbain et végétaux. On avance avec Trip, obligatoirement, si on s’éloigne trop d’elle, c’est la mort garantie, à la façon du duo Prince of Persia / Elika, mais cette fois les personnages sont plus attachants je trouve, et les dialogues moins grotesques. Si vous vous demandez pourquoi je dis ça de ce macho de Prince, allez lire ceci : http://www.vududivan.fr/2009/12/aujourdhui-sur-le-divan-03-le-prince-de-perse/ [...]