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fév
10

Freud comme joueur de MMORPG, partie 1

Dis moi quelle est ta classe…

Précédemment sur Vududivan, je vous proposais d’imaginer le père de la psychanalyse en gamer invétéré. Le résultat du petit sondage effectué à cette occasion allait dans le même sens que mon intuition première : non seulement Freud aurait joué, mais encore son jeu de prédilection aurait été le fameux World of Warcraft, WoW pour les intimes.

Deux ouvrages de Freud peuvent nous renseigner sur le choix de la classe à laquelle il aurait choisi d’appartenir. Il s’agit de Malaise dans la civilisation (1929) et de L’avenir d’une illusion (1948). J’y ferais souvent référence.

Pour ce qui est du jeu, comme il ne s’agit pas ici de décliner son fonctionnement, au combien complexe et complet, j’irai droit au but.

Les prêtres sont les maîtres du soin et de la protection, régénérant leurs alliés blessés, leur offrant un bouclier de protection lors des batailles, et ressuscitant même leurs camarades tombés au combat. Alors qu’ils possèdent une variété de sorts de protection et d’amélioration pour soutenir leurs alliés, les prêtres peuvent aussi assouvir leur terrible vengeance sur leurs ennemis, en utilisant le pouvoir de l’ombre ou de la lumière sacrée pour les détruire. Puissants dans divers domaines et souvent véritable clef de voute d’un groupe, ils sont hautement appréciés.*

Oui, pour moi Freud aurait appartenu à la classe des Prêtres.

A première vue, l’inventeur d’une forme de psychothérapie se situe du côté du soin et de la protection. Ce que je trouve intéressant chez le prêtre, c’est qu’il donne les moyens aux autres membres de sa guilde de se remettre en scène, d’occuper leur place ( de sorciers ou de guerriers par exemple ). Il ne fait pas pour eux ni ne leur trouve les solutions, il leur permet de retrouver en eux mêmes la protection nécessaire à la poursuite de l’aventure et à la réalisation de ce qu’ils sont.

Freud avait une vision que l’on pourrait qualifiée de pessimiste de la société et de la civilisation. L’homme serait un animal doué de raison, certes, mais dont la force des pulsions ravageuses serait plus forte que tout. Cet état de fait l’obligerait à trouver des modalités de vie en société, ou tout du moins en groupe, modalités impliquant effort et renonciation, voire frustration. L’agressivité serait une composante intrinsèque à l’homme, indissociable de son être (dans le sens latin de esse), et non pas le résultat d’un phénomène social. Pour pouvoir vivre en société, ici en guilde, il faut que les rôles soient définis, mais également qu’il y ait des « méchants ».

En effet, la pulsion de mort doit s’exprimer, l’attaque vers autrui assure la cohésion de l’équipe. Freud écrivait à propos de la religion, « il faut qu’une religion, même si elle s’appelle religion d’amour, soit dure et sans amour pour ceux qui ne lui  appartiennent pas ». Malaise dans la civilisation. Les membres d’une guilde s’entendent au prix de la progression dans le jeu, c’est-à-dire du combat avec les autres.

Cette notion est fondamentale dans la compréhension du choix de sa classe. En effet, le prêtre s’attend à devoir « réparer » les dommages de Thanatos (la pulsion de mort), il est là pour cela. Ainsi, il se place en position de spectateur, actif cependant, face au déroulement du jeu. Il s’agit de combattre, d’avancer, de progresser et d’accumuler. Il n’est pas dans le déni de cette violence, au contraire, il l’accompagnerait presque.

…je te dirais qui tu es.

Dans De l’esprit des lois (1748), Montesquieu écrit « il est heureux pour les hommes d’être dans une situation où, pendant que leurs passions leur inspirent la pensée d’être méchants, ils ont pourtant intérêt à ne pas l’être ». La raison triomphe de la passion…Freud formule comme une réponse à cela quand il écrit dans L’avenir d’une illusion que « les passions instinctives sont plus fortes que les intérêts rationnels ».

Le prêtre, clef de voute de son équipe, est aussi habité par ce que le grand philosophe Obi-Wan Kenobi appelait « le côté obscur de la Force ». Il a soif de vengeance et s’autorise quelques diversions afin de l’assouvir. Réprimer et inhiber ses instincts agressifs primaires demande un effort certain, à travers un tel avatar, le joueur fait cohabiter plusieurs aspects de sa personnalité.

Freud n’était pas ce qu’on peut appeler un fervent chrétien, la religion s’inscrivait davantage comme une tentative de l’homme pour accepter sa condition humaine que comme une réelle croyance à un dogme. Elle constituait également à la fois un vecteur de lien social et un véhicule pour les pulsions à travers la sublimation. Imaginer Freud en prêtre….je trouve juste cela très drôle :-)

Si l’on part du principe que le joueur/Sigmund s’identifie à son personnage, il permet alors divers destins à ses pulsions. Nous avons déjà vu ce qu’il en est de l’agressivité, il y a aussi la pulsion de vie, à travers la progression notamment, j’y vois aussi une autre pulsion, l’épistémophilie. L’accumulation de savoir serait ici symboliser à travers l’accumulation d’objets. L’objet est lié dans le jeu au niveau du personnage, la valeur n’attend pas le nombre des années mais peut en tout cas se mesurer au nombre et surtout aux types d’objets accumulés.

Le parallèle avec Freud est très intéressant, il était passionné d’archéologie, allant même jusqu’à comparer le psychothérapeute à un archéologue (la psychanalyse comme archéologie de l’âme). Son cabinet regorgeait d’objets antiques, ressemblant à s’y méprendre à un véritable musée. Cette collection lui permettait de dire que le « passé est un présent », et de garder à l’esprit le fonctionnement en-quête du travail psychanalytique.

En guise de première conclusion

A travers ce rêve éveillé, j’espère d’ailleurs cher lecteur que tu es encore éveillé après avoir lu ces lignes, j’ai essayé d’imaginer ce qu’aurait pu être un avatar freudien. Je me suis intéressée à ces deux ouvrages car ils s’inscrivent à des moments différents du parcours auto-analytique de Freud d’une part, mais surtout car ils sont encore très modernes dans leur propos. World of Warcraft est un jeu qui symbolise la modernité sur bien des aspects (techniques notamment) tout en faisant appel à des mécanismes de jeux très humains.

J’ai volontairement mis de côté l’aspect « relation sociale » du MMORPG pour le moment. Il ne s’agit pas de tant de savoir si Freud aurait investi dans un bon casque et un bon clavier afin de bien communiquer que de se poser la question de quelle type de communication il s’agit.

Quant à la fameuse question de l’addiction, j’y reviendrai par le biais de la sublimation.

Et vous ? Qu’avez vous pensé de ce Sigmund gamer ? Dans quelle classe l’auriez vous plutôt vu ?

Pensez-vous complètement autre chose ?

J’attends vos commentaires et critiques avec impatience !

*Site web de World of Warcraft : le Prêtre

Pas encore de commentaires

1 ping

  1. Bookmarks de site hebdomadaire n°1 a dit :

    [...] gameuse, qui c’est amusée a imaginer Freud en joueur du célébre World Of Warcraft : Freud comme joueur de MMORPG, partie 1. C’est sympa et ça vaut le coup d’oeil [...]

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