Chaque semaine de nombreux sujets font le buzz sur le net, le buzz est éphémère par définition, mais celui-là vaut la peine qu’on s’y attarde un peu.
Qui n’a pas entendu parler du Meuporg ? Il s’agit d’un mot prononcé par un journaliste, Nathanaël de Rincquesen, de France 2 dans l’émission Télé Matin du 23 mars dernier. Il n’a pas fait que le prononcer en fait, il l’a plutôt vomi, et c’est pour cela principalement que je souhaite intervenir.
Revoyons la vidéo:
Le jeu vidéo, est comme trop souvent dans les médias, associé à la notion complexe d’addiction. D’un point de vue clinique, l’addiction se caractérise principalement par la perte de contrôle du sujet dans son rapport à un produit, toxique ou non. C’est justement cet aspect bien précis qui permet de parler d’addiction sans drogue, autrement appelée addiction comportementale. La perte de contrôle implique une souffrance chez le sujet, une demande d’aide sinon de soin, en tout cas une rupture d’équilibre dans la vie de la personne.
Le jeu vidéo a fait une entrée fracassante dans le domaine très large des addictions et a rejoint ses petits camarades que sont la cocaïne et le sexe ! Un étudiant met fin à ses jours aux USA, un coréen meurt de dénutrition car il ne lâche pas son meuporg (on s’en goinfre mais ça ne nourrit pas….), les jeunes ne lisent plus car ils sont collés à leur manette….le bouc émissaire commun est le jeu vidéo, un loisir, pour mémoire.
Nathanaël, tu permets que je t’appelle par ton prénom, est certainement une victime collatérale du pugilat médiatique organisé autour de cette foutue addiction aux jeux vidéo. Certes cette addiction n’existe pas dans la littérature, en tout cas ni dans le DSM IV (ni dans le V à priori), ni dans notre CIM 10 française. Mais cela ne peut suffire à en conclure qu’elle n’existe pas IRL (en vrai quoi). Marmottan a une consultation spécialisée sur cette question, le Centre Emergence reçoit de nombreux jeunes « accro », les psychologues en libéral en reçoivent également. Il y a bien un malaise la dessous, ce qui ne signifie pas qu’il s’agit d’une addiction, au sens clinique du terme.
L’addiction est un terme très à la mode, rentré dans la vie courante :




Et on pourrait en trouver encore bien d’autres. C’est drôle d’ailleurs car deux de ces produits ont pour initiales N.A, comme N.A (narcotiques anonymes….confusion quand tu nous tiens)
Alors oui, on met l’addiction à toutes les sauces, mais quand il s’agit de jeu vidéo, la sauce est plutôt aigre et indigeste. Regardez de nouveau la vidéo et regardez l’air de sortie de gastro de Leymergie pour en être convaincu.
Du vomi au mépris il n’y a qu’un pas, et hop, je l’ai franchi. C’est certainement ce qui me dérange le plus, car le positionnement du journaliste vient renforcer celui de certains adultes, parents, référents éducatifs etc.., face aux jeux vidéo: un passe temps pour ados attardés, c’est méprisable et inutile. Si en plus c’est dangereux, on frôle la crise de foie….ou foi. Sur le champ de bataille on observe parfois des positions idéologiques très fortes, quasi religieuses ! J’ai lu sur certains forums des personnes carrément insultantes envers ceux qui sont dépassés par le jeu et ne s’en sorte pas. On ne peut pas nier que chez certaines personnes, avec des vulnérabilités psychiques, en difficulté ou en souffrance dans leur vie quotidienne, le refuge dans le jeu vidéo existe. Ce n’est évidemment pas le jeu qui est dangereux, mais la façon dont la personne va l’investir massivement au détriment du reste, et surtout dont elle va en souffrir.
Ne confondons pas passion et addiction. Les hardcores gamers ne sont pas des addicts, mais des passionnés, et la différence est importante. Un ami addictologue et gamer, si si, trouvait dommage voire dangereux la stigmatisation du jeu d’une part, mais particulièrement celle des meuo (MMO). Maintenant dès qu’on dira qu’on joue à un jeu de rôle en ligne on va passer pour un tox, dès qu’un ado demandera le dernier Add On de WOW à ses parents ceux-ci crieront au loup.
L’amalgame est toujours l’ennemi de la pensée, quelque soit le sujet.
Alors Nathanaël, tu as raté ton cultéheu (QTE) et tu es tombé dans le gouffre, maintenant on se moque de toi à droite à gauche, comme sur cette page Facebook. Le côté positif c’est que certains sites ont poussé la réflexion un peu plus loin et donne des points de vue passionnants, comme ici avec A. Blanchet ou encore là avec Y. Leroux.
Enfin si le mot MMORPG ne vous donne pas la nausée, si vous avez un avis, n’hésitez pas à continuer le débat dans les commentaires ^^
16 commentaires
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Supa Sonikku a dit :
26 mars 2010 à 21 h 47 min (UTC 2)
Excellent article, le pauvre Nathanaêl en prend un peu pour son grade, mais bon, c’est mérité en même temps :p
Mention spécial pour le cultéheu !
Lucie a dit :
26 mars 2010 à 21 h 51 min (UTC 2)
Bienvenue sur vududivan ^^
Merci beaucoup, c’est vrai qu’il le cherche quand même car cela prouve aussi qu’il n’a pas fait énormément de recherche pour présenter son sujet.
3Dvasion a dit :
26 mars 2010 à 22 h 51 min (UTC 2)
Mdr j’avoue que le coup du QTE était bien trouvé. GG Berlu, tu as roxxé il est owned !
Plus sérieusement, Nathanaêl n’est pas le premier et ne sera pas le dernier à associer jeux vidéo avec addiction et plus particulièrement les MMEUPORG qui rallient bon nombre de drogué, délinquants sexuel et meutriers en ligne.
A bon entendeur bien sur !
CaptThreepwood a dit :
27 mars 2010 à 16 h 54 min (UTC 2)
Intéressante mise au point sur l’addiction, mais le journaliste ne parle-t-il pas de « conduite addictive » ?
Du peu que j’en connais, il me semble qu’il y a une différence, qui justifie peut-être son point de vue…
En tout cas la méconaissance de Nathanaël prête à rire, mais pas autant que le mépris de son co-animateur qui se paye allègrement sa tronche…
Lucie a dit :
28 mars 2010 à 12 h 18 min (UTC 2)
Bonjour et bienvenue ^^
En fait, dès les premières secondes le concept d’addiction est décrit car il parle de perte de contrôle, ensuite il dit « addiction aux jeux vidéo ». Mais tu as raison conduite addictive n’est pas synonyme d’addiction, car une conduite est un comportement ce qui signifie que ce n’est pas forcément figé sur le plan de l’économie psychique. On peut avoir des conduites d’évitement sans être phobique par exemple.
kefoo a dit :
30 mars 2010 à 13 h 49 min (UTC 2)
Quand je vois à quel point les journalistes sont finalement que les simples rapporteurs de la société (ou de la vox populi) et qu’ils ne sont pas capables d’analyse un peu innovantes (je n’ose utiliser le mot pertinent), je me demande ce qu’il en est pour tous les autres sujets. En fait, non, je ne préfère pas savoir…J’ai peur; Au secours!!!!!
Clémetine a dit :
1 avril 2010 à 9 h 32 min (UTC 2)
C’est surtout Leymergie qui est limité, c’est bien connu, il maltraite son équipe et ses chroniqueurs. Du coup le pôvre Nathanaël a donné à manger à son chef et c’est tout! Comment plaire à son chef réac et ringard? Sortir un sujet bâteau sans aucune réflexion derrière, juste suivre la pensée monocorde (j’aime pas dire unique c’est trop commun)
Bravo pour cet article plein de finesse, ça nous change!!
Clémentine a dit :
1 avril 2010 à 9 h 33 min (UTC 2)
faute de frappe c’est Clémentine que je m’appelle ici!
Lucie a dit :
1 avril 2010 à 10 h 38 min (UTC 2)
Bienvenue Clementine ^^
n’oublions jamais que Leymergie chantait le generique de Pac Man !
Bluray-collec a dit :
28 avril 2010 à 20 h 47 min (UTC 2)
Dernièrement, encore mieux, Windows sur l’Iphone V4…et en visuel ils mettent le V1 no comment -_-
Lucie a dit :
29 avril 2010 à 9 h 39 min (UTC 2)
Une telle absence de professionnalisme me laisse sans voix \0/
Darkscuderia a dit :
25 juin 2010 à 21 h 22 min (UTC 2)
On reconnait bien là le grand journalisme encore une fois!
Lucie a dit :
25 juin 2010 à 22 h 53 min (UTC 2)
Bonjour et bienvenue !
Effectivement, ce type ne fait pas du bien au journalisme.
Jean-no a dit :
21 juillet 2010 à 21 h 46 min (UTC 2)
L’ignorance satisfaite me semble une maladie bien plus répandue que la Cyberaddiction.
Le problème que je vois dans ce genre d’intervention pseudo-journalistiques, c’est qu’elles ont plus d’impact que n’importe quoi, car les non-actifs (retraités, chômeurs,…) sont drogués à Télématin, ils sont victimes de télématinoaddiction. Vite ! Appelez Marmottan !
Aurélien a dit :
15 avril 2012 à 8 h 56 min (UTC 2)
Effectivement, quelle rigolade cette intervention.
On sent vite, à travers son erreur, qu’il ne connait absolument pas son sujet. Les seules ficelles dont il dispose est celle de l’inquiétude et du rejet. « des jeunes se rendent malades à faire des choses… Beurk!! », ce qu’il dit plus poliment en parlant de consultation, hôpital, et activités au nom barbare.
Je crains que malheureusement, nous soyons dans une des grandes figures du journalisme actuel en deux temps :
1) On inquiète : un truc avec un drôle de nom intoxique les gens
on crée de l’angoisse, jusque là, normal
2) On rassure : mais ça touche les jeunes (c’est à dire : pas nous les spectateurs de Télématin) et il y a l’hôpital qui va les guérir…
et on se complait à être du bon côté de la barrière…
Plus qu’une erreur de journalisme, il a surtout fait une erreur de lecture de calendrier….
Lucie a dit :
15 avril 2012 à 12 h 47 min (UTC 2)
Merci de ton commentaire et bienvenu à toi !
Le pire dans tout ça c’est que les jeunes joueurs ont peur de cette notion d’addiction et se culpabilisent de jouer